• samedi 17 juin • 21H30
    CHÂTEAU DU PLESSIS MACÉ

AMPHITRYON

Molière

Traduction et adaptation par Stéphanie Tesson

Mise en scène de Stéphanie Tesson

Assistant à la mise en scène Antony Cochin

Avec Jean-Paul Bordes, Benjamin Boyer, Antony Cochin, Odile Cohen, Mathias Maréchal, Guillaume Marqet, Christelle Reboul, Nicolas Vaude

Décors de Pierre-Yves Leprince, assisté de Bastien Forestier

Maquillages d’Anne Caramagnol

Peintures des costumes et des masques par Marguerite Danguy des Déserts

LA PIÈCE

Le dieu Jupiter a jeté son dévolu sur la vertueuse Alcmène, qui a pris récemment pour époux le général thébain Amphitryon. Ce dernier parti à la guerre, Jupiter s’introduit sous ses traits dans la demeure de sa femme, dont il n’a pas de mal à obtenir les faveurs, rendues légitimes par ce subterfuge. Pour couvrir l’aventure galante de son père, Mercure demande à la Nuit de retarder sa course et il prend quant à lui l’aspect du valet d’Amphitryon, l’innocent Sosie, à qui il interdit l’accès à la maison de ses maîtres. Se retrouvant face à son double, Sosie pris de terreur bat en retraite, sans prévenir sa maîtresse du retour proche de son époux. Aussi, lorsque le vrai Amphitryon revient du combat pour rendre hommage à sa femme, trouve-t-il à son grand dépit un accueil stupéfait de celle qui croit l’avoir quitté quelques instants plus tôt…Quant à la femme de Sosie, la prude Cléanthis, elle supporte mal l’indifférence de son mari (lorsque Mercure prend sa place et la dédaigne) subitement relayée par l’enjouement de son véritable compagnon, qui se félicite justement de la froideur qu’elle lui reproche d’avoir manifesté à son égard. Malentendus conjugaux et stupeurs métaphysiques devant

ces différentes manifestations de dédoublement d’identité vont faire le plaisir des dieux et le malaise des hommes. À ce vertigineux jeu des rôles, les uns perdent leur confiance, d’autres usurpent quelques minutes d’amour illusoire, tous sortent insatisfaits, inquiets et perturbés : la vérité a été mise à mal, et la confiance émoussée. Voilà de quoi ébranler les certitudes des esprits les plus cartésiens, et rendre aux puissances invisibles un pouvoir trop souvent moqué. Sosie a le mot de la fin :mieux vaut ne pas trop en dire et laisser régner le mystère…

NOTE D’INTENTION DU METTEUR EN SCÈNE

« Ce qui séduit d’abord lorsqu’on lit l’oeuvre ou qu’on l’entend pour la première fois, c’est la langue. Elle vous prend « comme une mer », selon les paroles que Baudelaire applique à la musique. Mais d’ailleurs s’agit-il d’autre chose que d’une musique ? La versification très cadencée, mais prenant quelques libertés – contrôlées – avec l’alexandrin traditionnel, qu’utilise ici Molière est expérimentée à la même époque par Lafontaine et par Corneille, qui se plaisent à casser la mélodie monotone du chant à douze syllabes par l’introduction de quelques vers à dix, huit ou sept syllabes. Ces variations prosodiques introduisent une vivacité, un danger, une surprise, superposant la rythmique et l’action. La fluidité et l’originalité de l’expression s’en trouvent renforcées, et la communication entre les personnages plus organique. Il nous semble qu’aujourd’hui où la langue française est si fragilisée dans l’usage réduit et normatif qu’on en fait,une telle partition puisant tout

son génie dans le siècle qui l’a portée à son apogée, doit circuler abondamment pour permettre à chacun de reprendre goût à ce vocabulaire, cette syntaxe, ce style qui sont les premiers outils de la liberté d’expression. Ramener aux consciences contemporaines cette oeuvre qui allie poésie et intelligence, et remet l’éloquence au coeur de la vie citoyenne nous paraît
constituer un acte démocratique. C’est ainsi que nous concevons cette transmission de parole. Le texte reprend pour les acteurs une consistance, une densité et une valeur rares, qu’ils partagent dans leur interprétation chorale, ressuscitant une langue quasi morte et invitant le public à se la réapproprier. » Stéphanie Tesson

Spectacle en Création au Festival d’Anjou